Chronique
À la place du cœur, Saison 1
 Roman  Contemporain   Drame   Adolescents 
Six jours dans la vie de Caumes qui vit son premier amour.
Six jours de janvier 2015 ou la France bascule dans l'effroi.
Ce soir, Caumes a 17 ans et attend le déluge. Il ne sait qu'une chose : à la fin de l'année, il quittera sa ville natale pour rejoindre son frère aîné à Paris. Paris, la ville rêvée. Ce soir, Caumes a 17 ans et attend aussi le miracle qui, à son grand étonnement, survient : Esther – sujet de tous ses fantasmes – se décide enfin à lui adresser plus de trois mots, à le regarder droit dans les yeux et à laisser deviner un " plus si affinités "...
Nous sommes le mardi 6 janvier 2015 et le monde de Caumes bascule : le premier amour s'annonce et la perspective obsédante de la " première fois ". Sauf que le lendemain, c'est la France qui bascule à son tour : deux terroristes forcent l'entrée du journal Charlie Hebdo et font onze victimes...
, 01-09-2016 252 pages / 16 €

Caumes est un ado de 16 ans qui vit dans la petite ville de F., fait du piano avec une vieille rombière et fantasme sur la jolie Esther. En somme, une vie d’adolescent tout à fait normale.
Pourtant, la France bascule le 7 janvier 2015 et au milieu des préoccupations ordinaires, se joue l’horreur des attentats, la peur et l’incompréhension.

À la place du cœur est donc un roman qui aborde l’attentat contre Charlie Hebdo et la traque des frères Kouachi ainsi qu’Amedy Coulibaly. Caumes y fait face avec son regard d’ado encore un peu naïf et bourré de questions. Ces tragiques événements ne sont pourtant qu’une toile de fond dans l’existence du jeune homme qui, bien que choqué, vit aussi ses premiers émois amoureux et sexuels avec Esther.

Caumes est donc le narrateur de ce récit et malheureusement, son langage est le petit point noir du roman. En effet, le garçon est très vulgaire et utilise à outrance les mots “bite”, “gaule”, “baiser” et autres termes qui n’ont rien de vraiment joli. Personnellement, c’est quelque chose qui me dérange dans un roman, même si je sais qu’à 16 ans, la majorité des garçons passent par cette phase où leur cerveau se situe sous la ceinture.
Néanmoins, j’ai réussi à laisser de côté mes a priori sur ce type de personnages pour me concentrer sur ce qui fait l’essence de Caumes. Derrière toutes ces grossièretés se trouve finalement un garçon sensible, amoureux, qui n’hésite pas à défendre ses amis et tente de se construire ses propres idées dans un monde de plus en plus violent et effrayant. Caumes lutte contre la peur à chaque instant : la peur de mal faire, de décevoir, de froisser, mais aussi celle de l’avenir quand des terroristes assassinent des gens de sang-froid.

Au milieu du chaos personnel de Caumes, plusieurs piliers se dressent, tels des repères de la vie de tous les jours. Il y a d’abord Esther dont il est fou amoureux, Théo, le fils du maire un peu grande gueule, Mme Barsacq, la prof de philosophie et de théâtre, Swann, son frère aîné en stage à Paris et Hakim, le jeune rebeu discret. Ce dernier est le meilleur ami de notre héros, c’est probablement le personnage le plus touchant du roman. On ne peut qu’aimer ce garçon qui semble cacher un certain nombre de secrets et de faiblesses. Et on a aussi peur pour lui et de ce qu’il risque de subir en tant que jeune musulman dans un bled pommé où le Front National et un autre type d’extrémisme gangrène progressivement l’esprit de certains habitants.

Arnaud Cathrine nous offre donc une critique sociale de la France rurale de façon habile tout en décrivant l’impact psychologique des attentats de janvier 2015.
À la place du cœur s’avère être un roman touchant et percutant derrière le langage cru du héros. Il nous ramène à une période difficile pour la France et les Français. L’auteur met toutefois en exergue la solidarité qui nous a brusquement unis et l’amour que nous avons tous opposé à la terreur et à l’extrémisme, une solidarité que nous devrions cultiver au jour le jour. Ces passages étreignent le cœur, mais nous rappellent aussi qui nous sommes et nous permettent de grandir et continuer à vivre contre et malgré tout.
Quant à la fin de ce premier tome, il m’a broyé le cœur, l’a mis en miettes et m’a tout simplement révoltée contre la violence de tous les jours, celle qu’on ne voit pas toujours à la télé, mais qui se tapit dans le creux de l’âme de certains d’entre nous.

En Bref :Malgré une trop grande vulgarité, À la place du cœur est un roman émouvant qui traite des attentats et de l'extrémisme en général avec une incroyable justesse tout en nous plongeant dans le quotidien de Caumes. C'est une histoire à découvrir pour se souvenir, réfléchir et avoir foi en l'espoir.
5 / 5 5 / 5
©Chronique écrite par , le 06-04-2017

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2 Commentaires sur "À la place du cœur, Saison 1"

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