Chronique
Alabaster et moi
 Roman  Contemporain   Adolescents 
Frankie Landau-Banks n’est pas le genre de fille à accepter qu’on lui dise « non ». Surtout quand « non » signifie l’exclusion d’une société secrète. Encore moins lorsque ladite société, exclusivement masculine, est dirigée entre autres par son petit ami.

Frankie Landau-Banks est le genre de fille déterminée à montrer aux garçons du pensionnat huppé d’Alabaster qu’elle est plus intelligente qu’eux.

Du genre à prouver qu’elle peut changer le monde à l’aide de betteraves en boîte et de soutiens-gorge.
, 07-03-2018 241 pages / 17 €

Frankie commence sa deuxième année dans le très réputé lycée d’Alabaster. Alors qu’elle s’apprête à vivre une scolarité plutôt monotone, Matthew Livingstone s’intéresse à elle. LE Matthew Livingstone, celui sur lequel elle fantasme depuis l’année précédente. Frankie se retrouve propulsée à la table des terminales au milieu d’un groupe de garçons chahuteurs et rigolos. Mais elle découvre rapidement que ses nouveaux amis ont un secret auquel elle ne peut pas prétendre pour une raison injuste : elle est une fille.

La première chose que je retiens d’Alabaster et moi, c’est son effet yoyo qui nous fait passer du « moyen » au « pas mal » pour revenir finalement à notre première pensée.

Ça débute lentement avec une narration omnisciente étrange qui frôle le journal intime. C’est très déstabilisant et on en vient presque à se questionner sur l’éventuelle identité du narrateur. On découvre la vie de Frankie à Alabaster, une école privée qui forme la future élite des États-Unis et dans laquelle une société secrète exclusivement réservée aux garçons agit.
Aux côtés de l’héroïne, on veut en savoir plus sur l’ordre des Bassets et ses membres. Malheureusement l’intérêt pour les histoires d’amour et d’amitié de Frankie est très limité.

En effet, on parvient difficilement à s’attacher à la jeune femme qui s’avère bien vite agaçante. De plus, je n’ai pas eu particulièrement l’impression que Frankie cherchait à démontrer qu’elle était l’égale des hommes. Ses motivations, qui peuvent apparaître comme féministes, sont finalement très égoïstes. Frankie ne veut qu’une chose : être reconnue et surtout admirée par les garçons. Je ne vois pas là-dedans de réelle amélioration de son statut. D’autant plus qu’à trop chercher cette valorisation, elle en vient à laisser de côté ses autres amis qui sont finalement les personnages les plus intéressants du roman.
Bien entendu, on peut aussi y déceler une recherche de l’égalité hommes / femmes, mais se trouve-t-elle dans l’appréciation et le regard des hommes ?

E. Lockhart déploie pourtant parfaitement bien un autre aspect de son récit : la sociologie et les rapports de groupe, et plus particulièrement la notion de panoptique. J’ai beaucoup aimé ces réflexions sur la sensation que l’on a d’être observés en permanence et de calquer nos comportements vis-à-vis des règles établies essentiellement à cause de ça. Pour résumer en citant le roman « C’est comme quand vous avez l’impression que votre père sait que vous avez bu de la bière, même si c’était quatre jours plus tôt et que personne ne peut en avoir la preuve. »

Reste enfin l’intrigue qui m’a laissée de marbre. J’ai apprécié son cadre et son atmosphère très « à l’Américaine », le petit côté « Cercle des poètes disparus » et les réflexions pleines de justesse de Zada, la sœur de Frankie. En revanche, je n’ai pas réussi à trouver de l’intérêt dans la quête de reconnaissance de Frankie.

En Bref :Alabaster et moi est un bien étrange roman qui n’a pas su me convaincre que ce soit avec son personnage agaçant ou son fond féministe mal exploité. C’est dommage, car le côté sociologique était très sympa et certaines réflexions auraient pu être poussées plus loin pour apporter un peu d’étoffe à l’intrigue qui manque trop souvent de profondeur.
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©Chronique écrite par , le 14-05-2018

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