Chronique
Comme des Images
 Roman  Contemporain   Drame   Adolescents 
Il était une fois… des ados sages comme des images, dans un très prestigieux lycée. L’histoire commence le jour où Léopoldine a cassé avec Timothée pour Aurélien. Ou bien le jour où Tim a envoyé un mail avec des images de Léo à tout le monde.
C’est ici, dans ce très prestigieux lycée, que tout va se jouer. Léo a une journée pour assumer ces images. Mais il faut vite régler cette histoire pour pouvoir penser à autre chose, aux maths et à la physique, à la première S. Parce qu’on ne plaisante pas avec ces choses-là, par ici. On savait que ça ne serait pas une partie de plaisir. Mais on ne pensait pas que cette journée allait se terminer comme ça, à regarder, en plein milieu de la cour, un corps ensanglanté – tout cassé.
, 05-02-2014 204 pages / 14.9 €

Ce matin là, au lycée Henri IV, un corps gît dans la cour. Un lycée pourtant réputé pour ses réussites scolaires, qui forment les futurs grands de ce monde, l’élite de la société. Qui est ce fameux corps ? Comment cette personne a pu en arriver là ? Le mystère est entier sur ce qui a bien pu se passer et on plonge dans le quotidien de la meilleure amie de Léopoldine, une jeune fille dont on ne connaîtra jamais le nom, une anonyme qui s’efface derrière sa meilleure amie si belle, intelligente et drôle. Lorsque Léo rompt avec Timothée pour se mettre en couple avec le nouveau venu : Aurélien ; les choses dérapent et une vidéo d’elle est envoyée par mail à toutes les adresses du lycée, personnel et professeurs compris. Mais cette vidéo personnelle, personne n’aurait jamais vraiment voulu la voir. La journée si ordinaire qui venait de commencer va alors se changer en drame.

La première chose que je dois avouer, c’est que je ne me suis rendue compte que la narratrice n’avait pas de prénom qu’en commençant ma chronique et en cherchant frénétiquement dans le livre. Je suis bluffée d’avoir été trompée de la sorte par l’auteure et de ne pas m’être rendue compte que jamais personne ne prononce son prénom…

Il faut dire que je n’ai pas particulièrement apprécié ce personnage, je l’ai trouvé froide, parfois déconnectée de la réalité. Et elle possède un très gros défaut : celui de ne pas se rendre compte à quel point Léopoldine, sa meilleure amie, étouffe sa personnalité et fait d’elle un personnage finalement très secondaire dans cette histoire.

Léopoldine est la victime, mais elle sait faire face avec un très grand courage à cette affaire et ne se laisse pas démonter par les autres, du moins c’est ce qu’elle montre. Si j’ai apprécié cet aspect de sa personnalité j’ai beaucoup moins aimé son égocentrisme évident. Léo est aussi froide que son amie, hautaine, détachée, on n’arrive pas à la comprendre. Même pas à la cerner ne serait ce qu’un tout petit peu. Elle n’a pas vraiment de réactions, du moins pas celle que j’attendais, et je suis restée hébétée devant si peu de ressentiments. J’ai fini par presque la haïr pour être aussi détachée…  

Et finalement, celle qui m’a vraiment touchée c’est Iseult, la sœur jumelle de Léo, le dommage collatéral qui doit aussi subir les quolibets des autres puisqu’elle possède le même corps et que, par conséquent, c’est presque elle que l’on peut voir sur cette fameuse vidéo. Iseult apparaît très peu dans l’histoire et pourtant je lui ai trouvé une vraie profondeur, je me suis sentie proche d’elle et de ses réactions.

D’habitude je suis très à cheval sur les personnages, j’aime les aimer, pourtant ici, j’ai compris que ce n’était pas ça qui me ferait apprécier ce roman.

La force de cette histoire c’est son panel de thèmes, criant d’actualités qui touchent de prêt au harcèlement scolaire, à la violence, non seulement psychologique mais aussi morale qu’on peut déceler dans les rapports entre les adolescents… On découvre aussi une génération interconnectée et où, pourtant, c’est la solitude qui prime. Et surtout : la pression que font subir les grands lycées à leurs élèves. Une pression qui écrase autant les élèves que le lecteur qui s’immerge dans ce monde aussi cruel que malsain.

L’écriture presque à rebours de Clémentine Beauvais est vraiment très bien menée, on attend le mot de la fin, on veut savoir qui est la personne qui a finalement craqué face à cet environnement austère et hostile. Quelques éléments sont donnés ici et là par la narratrice mais rien de vraiment révélateur. L’auteure m’a malmenée autant qu’elle malmène ses personnages, j’ai ressenti à nouveau ce stress et cette angoisse d’être dans un lycée qui veut des résultats et qui les fait miroiter à nos parents. Et j’ai reconnu tous les personnages pour les avoir croisés dans mon passé. Ces élèves qui s’amusent du malheur des autres, ces professeurs qui n’attendent de vous que des notes et se moquent de votre bien être, ceux qui ne disent rien de peur que ça ne leur retombe dessus, ceux qui essayent mais que l’on n’écoute pas, les parents qui pensent que ce n’est pas si grave que ça… Et ça aussi, ça m’a heurtée, de voir autant de vérité dans un livre pourtant si court.

On découvre aussi les avis extérieurs entre chaque chapitre, des commentaires sur Youtube, un statut Facebook, un email du père de Léopoldine à un ami avocat, une carte des parents de Timothée pour présenter leurs excuses. Toutes ces réactions qui sont finalement presque aussi effrayantes et violentes que l’histoire elle même.

Je suis ressortie affectée de cette lecture, par toute cette violence portée par la plume dure et incisive de Clémentine Beauvais.

Pourtant, pour une raison que j’ignore, je n’arrive pas à le classer dans mes coups de cœurs. Je crois finalement que ce roman m’aura peut être trop fait replonger dans cet univers de haine et de froideur que j’ai quitté il y a longtemps avec soulagement. Il s’en est pourtant fallu de peu car Comme des Images se loge indéniablement dans mon esprit et m’a beaucoup marquée.

En Bref :Un roman dont on ne ressort pas indemne et qui m’a surprise par sa réalité crue et acerbe. Clémentine Beauvais signe là un roman marquant sur les adolescents et ce qui les entoure, du lycée à la solitude en passant par la violence.
Je découvre donc ici une jeune auteure qui a réussi à me faire plonger dans son livre pour n’en ressortir que deux heures plus tard, encore sous le choc de cette histoire criante de vérité et de cette intrigue en filigrane pour savoir qui est finalement le corps évoqué au début.
5 / 5 5 / 5
©Chronique écrite par , le 11-06-2014

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Carlie DeloezLivresse des MotsCranberriesBouchon des boisTari Recent comment authors
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Carlie Deloez

Il faut que je lise…. J'ai vu trois chroniques sur ce livre et à chaque fois c'était une "très bonne lecture"…. Je ne sais pas ce que j'attends pour l'acheter…

Livresse des Mots

J'ai beaucoup aimé aussi ce roman ! Court, mais intense, et il développe des réflexions vraiment profondes…

Cranberries

Wow, il a l'air bien hard ce livre… La chronique que tu en fais me donne des frissons, mais me donne aussi envie de lire le livre !

Bouchon des bois

Ta chronique est très belle ma bichette, tu retraces bien l'intensité que l'on ressent à la lecture de ce roman. Quel livre, tout de même ! Il m'avait chamboulée.

Tari

Ta chronique donne vraiment super envie ! Je trouve que le harcèlement scolaire est un sujet dont on ne parle pas assez alors qu'il est malheureusement très répandu, alors les livres sur le sujet, ça m'intéresse ! Je vais de ce pas l'ajouter dans ma WL prioritaire !