Chronique
Les intrus
 Roman  Contemporain   Fantastique   Adultes 
À la mort de Richard Walker, un vieil homme solitaire, acariâtre et très riche, son ex-femme, ses deux enfants et sa petite-fille retournent dans la maison familiale pour la succession. Mais la bâtisse est hantée. Hantée par des souvenirs d’enfance qui ressurgissent à mesure que les nouveaux arrivants se réapproprient les lieux. Hantée également par de vrais fantômes qui observent et commentent les agissements de chacun, en espérant qu’un jour, enfin, ils pourront quitter les lieux à tout jamais. La très guindée Alice et la cynique Sandra, toutes deux mortes depuis longtemps, sont peu disposées à laisser la place aux nouveaux occupants. Les deux fantômes jouent des coudes pour rester maîtresses de leur propriété au travers de laquelle elles communiquent : escalier qui grince, radiateur qui siffle et ampoules qui grésillent remplacent les mots pour communiquer avec les nouveaux locataires. Mais bientôt, les vivants comme les morts seront confrontés à leur passé et à des vérités douloureuses…
, 14-10-2015 400 pages / 19 €

Les gens, songea Carolie, étaient des maisons. Ils pouvaient ouvrir leurs portes. On pouvait traverser les pièces qui les composaient, toucher les objets cachés dans les recoins. Mais quelque chose – la structure, l’installation électrique, le mécanisme invisible qui soutenait l’ensemble de l’édifice – demeurait invisible, simplement suggéré.

Lorsque Richard Walker décède, son ex femme Carole et leurs enfants, Minna et Trenton, se réunissent dans sa maison pour trier les affaires du défunt et décider que faire de leur héritage.

Sans le savoir, ils sont observés par Sandra et Alice, les deux fantômes de la maison qui occupent les lieux depuis un long moment, bien avant l’arrivée de la famille Walker.

Après avoir dévoré la trilogie Delirium et avoir eu un peu plus de mal durant ma lecture de Panic, j’avais hâte de découvrir Lauren Oliver dans un tout nouveau genre qui mêle habilement la littérature contemporaine et le fantastique.

Je dois avouer qu’au début de ma lecture, j’étais un peu perdue entre les personnages. J’ai trouvé les choses un peu confuses et il m’a fallu un moment pour bien situer tout le monde et leurs diverses relations les uns avec les autres.
Il m’a paru rapidement évident que Les Intrus n’est pas un roman pour la jeunesse malgré sa parution française chez Hachette (qui fait plus souvent des romans pour ados). Lauren Oliver fait donc ici ses premiers pas dans une littérature plus adulte, plus mature, sans rien perdre de sa superbe.

On devient spectateur de la famille Walker, de leurs disputes, leurs réactions, leurs peines. Il est parfois difficile de s’y attacher car on ne les comprend pas toujours.

Au contraire, on aime les courts chapitres du point de vue des fantômes : Sarah et Alice. Pas de silhouettes blanches effrayantes ou de poltergeist ici, Alice et Sarah ne sont que des esprits étroitement liés à la maison elle-même. Elles vivent dans son plancher, ses murs, sa plomberie et ressentent la moindre vibration.
J’ai beaucoup aimé cette originalité dans la vision du fantôme, en général il est personnifié et se balade sous une apparence humaine, ce n’est jamais le cas ici. Les deux femmes sont donc non seulement coincées mais partagent aussi le même « corps-maison ».
Je les ai appréciées rapidement, notamment pour leurs personnalités si différentes l’une de l’autre. Sarah est un peu frivole tandis qu’Alice est plus terre à terre. Au fil des chapitres on apprend à les connaître et les aimer, mais une question subsiste : pourquoi sont-elles ici ?

Les raisons de leurs présences sont dévoilées lentement, alternant avec les passages à la troisième personne sur la famille Walker et j’ai trouvé ça très intelligent de nous tenir avec cette part de l’intrigue jusqu’au bout.

En effet, la partie sur la succession des Walker m’a parfois ennuyée, je ne m’y retrouvais pas vraiment. Minna m’a énervée, son comportement avec sa petite fille m’a parfois paru inacceptable, Trenton n’est pas bien plus intéressant. Je ne voulais qu’une chose : retrouver Sarah et Alice et en découvrir plus sur elles. Pour moi, les intrus de cette histoire, c’était eux, ils ne faisaient que parasiter le mystère qui entourent nos deux fantômes.

Comme chaque fois, Lauren Oliver me bluffe par sa plume poétique que la traduction retranscrit à merveille. Elle nous amène également habilement à réfléchir sur la vie, la famille, les liens affectifs, sans jamais en faire trop, en restant mesurée et avec une forme de douceur.

La force de son écriture réside dans cette capacité à nous montrer l’être humain, le décortiquer et nous faire réfléchir sur nous mêmes sans jamais poser de jugement ou nous orienter dans notre réflexion. Lauren Oliver pose les questions, c’est à nous d’y répondre. Bien heureusement, elle termine quand même son roman et nous laisse sur un très beau final.

En Bref :J’ai vécu une lecture très étrange avec Les Intrus puisque je l’ai dévoré mais je suis restée finalement très extérieure à l’histoire des Walker, beaucoup moins à celle d’Alice et Sandra qui sont les deux personnages que j’ai le plus aimé.
Je suis toujours autant envoûtée par la plume de Lauren Oliver mais il aura manqué un petit quelque chose à son intrigue pour la rendre vraiment passionnante.
4 / 5 4 / 5
©Chronique écrite par , le 13-01-2016

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Ly

Je suis en train de le lire ! Au début ça bloquait trop, j'aimais pas des masses et maintenant j'accroche plutôt bien (même si j'ai pas vraiment le temps en ce moment :/)

Herbe Folle

Oh je ne connaissais pas mais je note, je suis intriguée 🙂

Mina Blogolectrice

Tu as réussi à m'intriguer en tout cas, il est dans ma PAL et il va falloir qu'il en sorte 🙂

BettieRose Books

Il m'intrigue bien ce livre, déjà son titre me faisait envie, puis l'histoire a l'air vraiment intéressante. 4/5 c'est une bonne note en plus 🙂

Valentine Pumpkins

Arf, je n'ai pas du tout accroché ! Si j'ai adoré sa vision du fantôme-maison, très originale, j'ai trouvé que ça manquait de rythme. La lenteur des fantômes qu'elle a voulu rendre était aussi trop présente dans le récit pour moi.
Je suis néanmoins contente qu'il t'ait plu ! Un livre peut toujours trouver son public 🙂