Chronique
Memor, Le monde d’après
 Roman  Fantastique   Adolescents 
Tomek, 13 ans, s'aperçoit que son frère Tadzio est en train de s'effacer de la dernière photo qu'il a prise de lui avant «l'Accident». Il décide alors de surmonter sa peur et de se servir de la pierre secrète qu'il porte autour du cou. Grâce à elle, il a le pouvoir d'appeler les morts et de leur parler. Mais, contre toute attente, c'est lui qui bascule dans «le monde d'après», à Memor, où les défunts vivent en sursis, suspendus au souvenir des hommes. Or, dans cet univers cruel et fascinant, Tadzio est en danger.
, 05-03-2015 308 pages / 14.9 €

Depuis la mort son frère Tadzio, Tomek n’est plus tout à fait pareil. Il vit dans sa famille moins-un, comme il la nomme, avec une sensation de vide. Son départ de Pologne pour rejoindre la France n’a pas aidé le jeune garçon. D’autant plus que sa famille enchaîne les déménagements à la recherche d’un endroit accueillant.

Tomek aborde donc la rentrée dans son nouveau collège avec une certaine appréhension, d’autant plus qu’il a remarqué que la seule photo qui lui reste de Tadzio devient floue. Si il suppose d’abord un problème technique lié à son appareil photo numérique ; il se rend pourtant compte que cette disparition progressive est un appel au secours. Tadzio a besoin de lui, mais pour l’aider, Tomek devra rejoindre Memor, le monde des défunts à l’aide de sa mnémosyne, une pierre offerte quelques années auparavant par une vieille voisine en Pologne.

Je me suis rapidement et sans difficultés plongée dans le monde de Memor. L’histoire est assez simple, l’humour et le style sont bien adaptés à des lecteurs dès douze ans. Pourtant j’ai eu un peu de mal à m’attacher au jeune Tomek. Le personnage est introduit très rapidement, ainsi, on entre très vite dans le vif du sujet. Mais cette rapidité excessive empêche la mise en place d’une relation entre le héros et le lecteur, ce qui nuit considérablement à l’appréciation de la lecture. Surtout si, comme moi, on estime que cette relation vaut pour 50% dans le plaisir de lire.

Malheureusement, Tomek n’est pas le seul personnage à manquer de consistance. Athos, l’antagoniste Fulcanelli ou même le brave Max et la jolie Mona n’ont pas vraiment de caractère marqué. Ils ne sont que des avatars vides pour lesquels je n’ai eu que très peu d’intérêt. Ce qui est vraiment dommage quand on sous entend des antécédents aussi imposants pour son méchant (je ne peux pas vous en dire plus sans spoiler). Il faut bien avouer qu’un méchant sans charisme, c’est malheureusement une grosse perte dans une histoire. Etrangement, j’ai eu de l’affection pour le seul qui ne parle jamais : Didier, le ptérosaure – moyen de transport, qui est fidèle et prêt à beaucoup pour aider son nouvel ami.

Toutefois, l’idée de base est originale. Le monde de Memor est divisé en plusieurs planètes, chacune abritant un certain type de population. Sur Aglaïa par exemple, on trouve des géants scintillants qui ne sont autres que des personnalités célèbres de notre monde. Sur Ancestra, on y trouve tous les morts récents, tandis que sur Temera, les oubliés dépérissent lentement.

Car là où le concept est intéressant, c’est bien dans cette relation entre le défunt et les souvenirs que les vivants ont de lui. Lorsqu’un mort est définitivement oublié, il disparaît à tout jamais.

Kinga Wyrzykowska offre donc une idée vraiment intéressante, surtout que lorsqu’on est en deuil, on nous répète que nous allons progressivement moins y penser pour finalement oublier. Ici, oublier revient à condamner, et l’auteur nous rappelle qu’il est important de préserver le souvenir des êtres chers sans pour autant en faire une obsession malsaine.

Memor traite donc d’une jolie façon le deuil et le souvenir sans jamais tomber dans un pathos excessif puisque Tomek reste un garçon courageux qui ne se laisse pas facilement abattre même quand tout semble se retourner contre lui. J’ai d’ailleurs apprécier ce trait de caractère chez le garçon, même si lui m’a laissée de marbre durant les quelques 300 pages du récit.

Ceci-dit, l’aventure est au rendez-vous, le rythme est élevé et les évènements et divers rebondissements s’enchaînent à une vitesse déconcertante. On n’a donc pas le temps de s’ennuyer. Malheureusement l’enchaînement de l’intrigue est parfois un peu trop tiré par les cheveux et manque de transitions nettes. Quant à l’écriture, elle est trop simpliste pour pouvoir rattraper quoi que ce soit. Je reprocherai également la trop grande facilité de Tomek à accepter son arrivée dans le monde de Memor. Il ne se pose aucun doute, fonce sans se demander un seul instant si tout ce qu’il vit est bien réel. J’aurai voulu qu’il n’accepte pas la réalité aussi facilement même si ses antécédents aux côtés de Baba Mira lui ont forcément ouvert un peu plus l’esprit que pour un enfant normal.

En Bref :A cause d’une cruelle absence de charisme au niveau des personnages et d’un manque évident d’intérêt pour l’histoire, je n’ai pas vraiment réussi à accrocher à Memor, le monde d’après.
Pourtant la relation créée par l’auteur entre le monde des morts et celui des vivants est vraiment originale et intéressante, et c’est bien la seule chose qui me fera retenir ce livre qui n’a pas l’étoffe, à mon sens, d’un bon roman pour jeunes ados.
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©Chronique écrite par , le 13-05-2015

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Le Chat du CheshireMarie Des Neiges Recent comment authors
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Le Chat du Cheshire

La couverture est intrigante !

Marie Des Neiges

Très jolie chronique mais je ne suis pas du tout tentée. Déjà car tu cites plusieurs défauts importants et en plus, le sujet abordé ne m'attire pas. Le deuil est quelque chose qui me met souvent mal à l'aise dans mes lectures!