Chronique
Mille femmes blanches, Tome 2 : La vengeance des mères
 Roman  Aventure   Contemporain   Historique   Adultes 
1875. Dans le but de favoriser l’intégration, un chef cheyenne, Little Wolf, propose au président Grant d’échanger mille chevaux contre mille femmes blanches pour les marier à ses guerriers. Grant accepte et envoie dans les contrées reculées du Nebraska les premières femmes, pour la plupart « recrutées » de force dans les pénitenciers et les asiles du pays. En dépit de tous les traités, la tribu de Little Wolf ne tarde pas à être exterminée par l’armée américaine, et quelques femmes blanches seulement échappent à ce massacre.
Parmi elles, deux sœurs, Margaret et Susan Kelly, qui, traumatisées par la perte de leurs enfants et par le comportement sanguinaire de l’armée, refusent de rejoindre la « civilisation ». Après avoir trouvé refuge dans la tribu de Sitting Bull, elles vont prendre le parti du peuple indien et se lancer, avec quelques prisonnières des Sioux, dans une lutte désespérée pour leur survie.
, 22-09-2016 464 pages / 22 €

// ATTENTION SPOILER – la chronique et le résumé spoilent des éléments du tome 1 //

La tribu de Little Wolf vient de subir un massacre, une extermination menée par l’armée américaine. Au sein de celle-ci résidaient plusieurs femmes blanches échangées par le gouvernement contre des chevaux. Après un temps d’acclimatation, ces femmes vivaient en harmonie avec les Cheyennes, certaines ayant même eu des enfants avec leurs maris amérindiens. Susie et Margaret (Meggie) Kelly faisaient partie de ces femmes, après avoir échappé à la mort, elles ont pu fuir avec d’autres survivants. Mais en plein hiver, avec chacune des jumelles qui viennent de naître, les nuits et les journées sont rudes et leurs enfants meurent de froid. Les sœurs sont ravagées par le chagrin, et lorsqu’elles atteignent le campement d’une tribu Lakota, elles n’ont plus qu’un but en tête : la vengeance.

Cela fait 16 ans que Mille femmes blanches est sorti pour la première fois en France. Sept ans que je l’ai terminé dans un train, les larmes aux yeux en lisant les dernières lignes des carnets de May Dodd. Quand j’ai eu vent de ce second tome, j’avais hâte et même temps, j’avais peur. Jim Fergus allait-il réitérer l’exploit littéraire de son premier volet ? Ou au contraire, aller trop loin et tout gâcher en écrivant cette suite ?

Mes craintes ont été rapidement alimentées par l’histoire et le tout nouveau personnage de Molly qui fait partie d’un second contingent de femmes échangées contre des chevaux. Quelque part, j’ai eu peur d’une redite de Mille femmes blanches, avec l’arrivée puis l’assimilation de ces femmes chez les Amérindiens. Mais finalement, il n’en est rien, Jim Fergus parvient avec beaucoup d’intelligence à s’éloigner de son premier ouvrage malgré les apparentes similitudes.

Tout d’abord, on ne lit pas un seul carnet, mais deux, presque trois. Molly écrit de son côté et Susie et Kelly tiennent un journal ensemble. Leurs plumes sont très différentes, les sœurs ont une prose proche de l’oralité due à leur manque d’éducation.
Molly, quant à elle, est une jeune femme instruite qui découvre l’univers des Amérindiens avec ses six compagnes. À l’image des premières arrivées, elles ont toutes intégré le programme FBI (Femmes Blanches pour Indiens) dans le but d’échapper à des destins tous plus pénibles les uns que les autres.
On apprécie aisément toutes ces femmes si différentes et singulières. On renoue avec celles que l’on avait déjà croisées grâce aux carnets de May, on réapprend à les connaître, et à la fois, on observe les nouvelles, appelées « cornes vertes » par les Cheyennes.

Les personnages sont tous si vivants, si complexes et touchants qu’on ne peut que les aimer. Molly est une femme forte, têtue et son histoire m’a véritablement tourneboulée. On découvre peu à peu les personnalités de celles qui l’accompagnent et on les apprécie également pour leur courage et leurs caractères si prégnants. Le fait d’avoir intégré Molly et les autres jeunes femmes permet de bien se remémorer certains évènements clés du premier volet. Ainsi, même si on l’a un peu oublié, l’essentiel nous revient.

J’ai aussi ressenti beaucoup d’amour pour Pretty Nose, une indienne Arapaho, anciennement mariée à un Cheyenne ayant tout perdu durant l’attaque de la cavalerie sur le village de Little Wolf. Après la mort des siens sur-le-champ de bataille, Pretty Nose s’est battue avec rage, devenant par la suite l’une des rares femmes chef de guerre. Sa douceur et sa mélancolie ainsi que son charisme incroyable en font l’un des personnages les plus mémorables du roman. Pretty Nose est d’ailleurs une personne ayant réellement existé, Jim Fergus lui rend donc un bel hommage en l’intégrant dans son récit.

J’ai un peu moins accroché aux carnets des jumelles qui ne se dissocient pas vraiment l’une de l’autre. Meggie est celle qui nous livre les évènements et la souffrance qu’elle ressent depuis la perde de ses filles. Ses sentiments sont semblables à ceux de Susie et elles partagent une soif de sang qui finit par en faire une seule identité vengeresse et bornée.

Ce qui réunit toutes ces femmes, c’est le chagrin et le deuil, plus particulièrement la mort d’un enfant. Toutes ont connu la perte et malgré leurs différences, ce point commun tend à les rapprocher les unes des autres.
Jim Fergus nous livre donc un merveilleux roman, touchant et percutant. Il nous permet d’apercevoir les persécutions endurées par les Amérindiens durant cette époque de la colonisation, le non-respect des traités par le gouvernement et la lente, mais sûre avancée de ce génocide historique. J’ai adoré découvrir et redécouvrir ce peuple au fil des lignes tout en me passionnant pour les récits de Susie, Meggie et Molly. Si La vengeance des mères n’atteint pas le niveau de perfection de Mille femmes blanches, c’est tout de même un excellent roman à découvrir sans attendre pour les amoureux du premier volet.

En Bref :La vengeance des mères est un roman passionnant sur fond de culture amérindienne qui prend aux tripes et nous fait vivre au rythme d’héroïnes fortes et charismatiques. Ce roman est finalement une magnifique ode aux femmes et aux Amérindiens.
5 / 5 5 / 5
©Chronique écrite par , le 17-10-2016

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6 Commentaires sur "Mille femmes blanches, Tome 2 : La vengeance des mères"

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