Chronique
No Home
 Roman  Drame   Historique   Adultes 
XVIIIe siècle, au plus fort de la traite des esclaves. Effia et Esi naissent de la même mère, dans deux villages rivaux du Ghana. La sublime Effi a est mariée de force à un Anglais, le capitaine du Fort de Cape Coast. Leur chambre surplombe les cachots où sont enfermés les captifs qui deviendront esclaves une fois l’océan traversé. Effi a ignore que sa soeur Esi y est emprisonnée, avant d’être expédiée en Amérique où des champs de coton jusqu’à Harlem, ses enfants et petits- enfants seront inlassablement jugés pour la couleur de leur peau. La descendance
d’Effia, métissée et éduquée, connaît une autre forme de souffrance : perpétuer sur place le commerce triangulaire familial puis survivre dans un pays meurtri pour des générations.
, 04-01-2017 450 pages / 21.9 €

Tout commence au XVIIIe siècle, lorsque Maame, esclave des Fantis, s’enfuit pour rejoindre son peuple : les Ashantis. Elle laisse derrière elle sa fille : Effia. Chez les Ashantis, elle aura une autre enfant : la petite Esi. Si la première parvient tant bien que mal à mener une vie agréable à Cape Coast avec son mari anglais, la seconde connaît l’horreur. Esi est emprisonnée et sera bientôt envoyée en Amérique pour être réduite en esclavage.

No Home nous fait suivre les descendants d’Effia au Ghana et ceux d’Esi en Amérique. Chaque chapitre nous présente la suite de la lignée jusqu’à ce qu’on rejoigne notre époque. Et pour un tout premier roman, on peut dire que c’est plutôt extraordinaire. Yaa Gyasi nous fait entrer d’une main de maître dans ces récits aussi vivants que révoltants. En très peu de pages et grâce à un habile système de lignage, on découvre chaque personnage et une partie de son destin qui se prolonge parfois lorsqu’on suit ses enfants.

Cette construction inhabituelle aurait pu poser un certain nombre de problèmes, notamment dans l’attachement qu’on ressent pour les protagonistes et ce n’est finalement pas le cas un seul instant. On en aime évidemment certains plus que d’autres, mais tous ont une personnalité forte et une véritable présence dans cette fresque familiale.

Ainsi, on suit donc pendant presque trois siècles ces deux familles liées par un ancêtre commun. L’une évolue au Ghana, tente de prendre son destin en main malgré le commerce triangulaire, les guerres et la colonisation, l’autre est enchaînée par l’esclavage, la ségrégation et le racisme. La condition des Afro Américains est parfaitement retranscrite, sans jamais tomber dans le pathos ou les lamentations. On est révoltés par le quotidien de cette famille qui ne parvient jamais à s’en sortir totalement. Yaa Gyasi nous montre également du doigt le racisme qui gangrène encore le cœur des États-Unis aujourd’hui.

On est moins perturbés par ce que subit la branche familiale africaine. L’auteur nous offre des clés de compréhensions sur les arrangements commerciaux entre les Anglais et les Africains durant la période de l’esclavage. On y découvre également une culture et des croyances uniques ainsi que les difficultés pour vivre et se nourrir décemment. On est touchés par ces personnages qui tentent de trouver leurs places et façonner leurs destins en se confrontant parfois à certaines traditions. J’ai été particulièrement émue par les récits sur Abena et Akua, deux femmes fortes et singulières.

Yaa Gyasi nous livre donc un roman extraordinaire et incroyablement bien documenté qui jette un voile de nuances sur l’Histoire telle qu’on l’a apprise dans nos livres d’école. Son talent de conteuse est indéniable et l’immersion dans le récit est tout bonnement impressionnante. On ressent la chaleur des champs de coton, la puissance des coups de fouet, mais aussi la complexité des émotions, la peur, la souffrance tout comme la joie et l’espoir. L’amour fera d’ailleurs bien souvent office de balancier face à une violence quasi omniprésente.

Il s’en est fallu de peu pour que ce soit un coup de cœur, il m’aura manqué une petite étincelle, mais No Home n’en est pas moins une œuvre majestueuse.

En Bref :No Home est un premier roman vertigineux entre patchwork familial et fresque historique où chaque chapitre a la force narrative d’un mini roman. Yaa Gyasi y fait preuve d’un immense talent et se positionne comme une auteur dont il faut retenir le nom !
5 / 5 5 / 5
©Chronique écrite par , le 01-03-2017

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Cassandre

Tout le monde en parle, il me le faut !

Le Chat du Cheshire

Dans ma PAL, il faut absolument que je m’y mette !

Pitiponks

Tu donnes envie de découvrir ce roman! D’autant que j’aime beaucoup la couverture 😛

Libriosaure

Il n’est pas encore de ma PAL mais tous vos articles élogieux sont franchement très inspirants… Vais-je céder à la tentation ? Haha…