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Question pour un hibou : Les arrêts de séries, t’en penses quoi ?
Question pour un hibou : Les arrêts de séries, t’en penses quoi ? 25 février 2017

Des articles pour vous parler un peu de moi à travers les questions que vous me poserez ou des sujets que je souhaiterai aborder.

Il n’est pas rare de voir une maison d’édition arrêter la commercialisation d’une série provoquant à chaque fois un soulèvement général (souvent violent et insultant) contre le pauvre community manager qui donne l’information et l’éditeur lui-même. Dernièrement, Keleana l’assassineuse de Sarah J. Maas a subi les frais d’un manque de vente en France, voyant donc la fin de sa traduction chez La Martinière Jeunesse. Keleana n’est pas la première victime de ce type d’annulation, je pense, entre autres à Atlantide de Kevin Emerson (Milan), Syrli de Meagan Spooner (Milan), Les dossiers Dresden de Jim Butcher (Milady), Parallon de Dee Shulman (Robert Laffont) ou encore Grisha (Castelmore)…
J’avais envie de vous donner mon avis sur ce phénomène et vous parler d’un point de vue qui sera le plus neutre possible, tout en me mettant aussi à la place de l’éditeur.

Pourquoi les séries sont-elles annulées en cours ?

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Je n’ai pas la science infuse, mais ça me paraît plutôt évident. Si nous sommes en colère en tant que lecteur, il faut aussi penser que la maison d’édition n’annule probablement pas de gaieté de cœur une série (sinon ce serait vraiment bâtard). Chaque achat de saga est un pari avec l’avenir et les ventes, car ce n’est pas parce que c’est un énorme carton outre Atlantique que ça le sera chez nous. C’est le cas de Keleana, qui fonctionne d’enfer aux USA et en Angleterre, mais qui n’a pas été rentable pour La Martinière Jeunesse. Tout simplement, car nous ne sommes pas aussi nombreux (donc moins de ventes), mais qu’en plus, nous ne sommes pas le même public. Parfois, il peut également y avoir eu un manque de communication de la part de l’éditeur autour d’un titre. Mais quand on doit défendre plusieurs romans par mois, ce n’est pas toujours évident, et je pense que certains seront forcément plus visibles que d’autres.

Lancer un titre, c’est donc un peu comme jouer aux dés : Le public sera-t-il aux rendez-vous ? Les libraires prendront-ils le risque de mettre le livre en avant ?
Quand je dis “public”, je ne fais pas référence aux blogueurs. En tant que libraire, je peux vous affirmer que les romans dont la communauté parle tout le temps ne sont pas forcément les plus grosses ventes. Je ne donnerai pas d’exemples, mais certains titres dont tout le monde faisait l’éloge ne se sont pas bien vendus dans mes rayons. En revanche, des romans qui n’ont pas une énorme visibilité dans la communauté peuvent avoir un succès inattendu. Là, j’ai l’exemple plutôt flagrant d’Arena 13 de Joseph Delaney qui n’a pas tellement soulevé les passions, mais qui s’est très bien vendu dans ma librairie. Il ne faut donc pas confondre “la blogosphère” et les acheteurs, si nous sommes des prescripteurs du livre, nous ne faisons pas non plus la météo.

De plus, il faut bien avouer que la concurrence est rude, surtout dans l’édition jeunesse et de l’imaginaire. Le nombre de séries ne fait qu’augmenter, et les lecteurs doivent bien souvent prendre la décision d’arrêter eux-mêmes de lire des sagas en cours pour pouvoir se consacrer à celles qu’ils aiment le plus. Ainsi, il n’est pas rare qu’un premier tome se vende bien, le deuxième un peu moins et le troisième encore moins bien. Là encore, j’ai un exemple flagrant à l’échelle de la librairie dans laquelle je travaille : Une Braise sous la cendre de Sabaa Tahir. Les ventes du premier ont fait exploser mes statistiques, celles du deuxième sont à peine moyennes.

Une maison d’édition ne peut donc pas prendre le risque de perdre des centaines de milliers d’euros pour faire plaisir à une poignée de lecteurs, ce qui pourrait mettre en danger leurs futurs titres. Alors oui, certaines très grosses maisons d’édition pourraient le faire dans un monde idéal, mais je crois aussi qu’un éditeur préfère miser sur un roman qui se vendra plutôt que sur des séries interminables qui ne rapportent rien. C’est comme si vous décidiez d’investir dans un appartement et que vous le louiez à quelqu’un de manière presque gracieuse.

Mais ils pourraient au moins sortir les derniers tomes en numériques…

Le numérique n’est pas gratuit pour un éditeur. L’essentiel du prix de création d’un livre de langue étrangère se trouvera dans le coût de la traduction et l’achat des droits. À cela s’ajoutent la mise en page, la couverture, la correction et tout le travail éditorial classique jusqu’à sa publication sur une plateforme numérique. Et là, c’est moi qui vous pose une question : pensez-vous vraiment que ce soit rentable, même en enlevant le pourcentage de petits malins qui le pirateront “parce que c’est trop cher pour un PDF” ? Et je peux vous donner la réponse : non. Pour un éditeur, c’est simplement jeter de l’argent par les fenêtres, et aussi difficile que cela puisse être à entendre, ce dernier pense surtout à son chiffre d’affaires.

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Et toi t’en dis quoi ?

Comme tout le monde, au premier abord, je suis chiffon. C’est normal, j’achète plusieurs tomes de séries et je finis par découvrir que je n’aurais jamais la fin. Autant dire que c’est frustrant, j’ai même pleuré pour Syrli que j’avais adoré. D’un autre côté, je sais aussi en commençant une saga que c’est un risque et pas uniquement pour les séries étrangères qui sont traduites. Certaines séries françaises ont été stoppées avant la fin telles que Monstre d’Hervé Jubert (Rageot). Ce phénomène existe également chez les autres, ainsi plusieurs sagas américaines ont été annulées à cause du manque de vente, je pense notamment à Dearly Departed de Lia Habel que vous connaissez certainement mieux sous le titre New Victoria, traduit en France par Castelmore. C’est monnaie courante, dans tous les pays, c’est le business, c’est la vie, même si ça brise nos petits cœurs de lecteurs.

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Quelles solutions pour les arrêts de séries ?

Malheureusement, il n’y en a pas tellement… On peut espérer qu’une autre maison rachète la saga pour la publier à nouveau en prenant le fameux risque de perdre de l’argent (business is business). Cela met souvent beaucoup de temps, mais ça peut arriver. L’autre solution est de lire dans la langue d’origine, la plupart du temps l’anglais, pour ceux qui en ont la possibilité.

On peut également espérer une massification du POD (Print On Demand) qu’utilise actuellement les éditions Bragelonne. Ce système leur permet d’imprimer à la demande certains titres qui ne sont malheureusement plus édités via la filière normale. Cela implique parfois un prix du livre un peu supérieur et quelques différences, mais ce n’est pas franchement flagrant.
Si vous voulez lire leur article sur le sujet, c’est par ici !

On pourrait donc imaginer une impression à la demande pour des suites de séries, impliquant de moindres coûts, mais reste le problème de l’achat des droits et de la traduction… Nous n’avons plus qu’à attendre pour voir ce que l’avenir nous réserve en la matière !

N’hésitez pas à me donner votre avis sur le sujet en commentaires, je serais ravie d’en débattre avec vous !

©Article écrit par , le

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Mademoiselle BouquineCranberriesLe Chat du CheshireTitiBooksSeriesLes lectures d\ Recent comment authors
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Mademoiselle Bouquine

Le monde du livre et de la publication est tellement ingrat qu’effectivement il est inévitable que de tels incidents se produisent… Mais en même temps, difficile d’en vouloir pour des ME pour lesquelles chaque parution est un pari risqué (enfin, sauf pour les tres tres grosses mais il ´´y en a pas beaucoup, tu l’admettras). Alors oui, ça frustre, des deux côtés… Mais il faut faire avec ! Râler ne sera d’aucune utilité… Et j’ai trouvé ton analyse sur le… Read more »

Cranberries

Je trouve ton article vraiment très bien amené, et j’espère que cela en fera réfléchir certains, car lorsque je vois les commentaires sur a page de La Martinière à propos de Keleana, je suis vraiment outrée par ce manque flagrant de respect.
Je comprends tout à fait la frustration des lecteurs, c’est logique, mais de là à déverser sa haine sur une page Facebook, il y a de la marge.
Très bon week-end Sae 😉

Le Chat du Cheshire

La série qui a été arrêtée et qui m’a fait réfugier dans ma grotte pendant des mois, c’était Kate Daniels…. Alors quand j’apprend que MxM Bookmark la reprend, c’est la fête dans la chaumière ! Je l’ai lu entièrement malgré tout, car pour elle je me suis mise à la VO. Mais il y a une quantité de séries qui ont été arrêtés ou même jamais traduite en France qui me tente terriblement. C’est tellement frustrant, rageant, que ce soit… Read more »

TitiBooksSeries

Salut 🙂 Comme toi, j’ai été très déçue lorsque j’ai appris que La Martinière ne publierait pas la suite de Keleana. Parce qu’on adore une série, on a l’impression qu’elle fonctionne (surtout quand la blogosphère en parle beaucoup) et quand le couperet tombe c’est le choc, la surprise. Pour ma part, par contre, je ne comprends absolument pas pourquoi il y a eu autant de violence. C’est un choix, c’est énervant (surtout pour ceux qui ne lisent pas en VO)… Read more »

Les lectures d\

Je suis tout à fait d’accord aussi ! Même si ma toute première réaction est effectivement un mélange de déception/colère. Faut faire le deuil, quelque part en fait. Mais sinon je comprends parfaitement qu’une ME ne peut pas se permettre de balancer dans l’argent par la fenêtre même si c’est frustrant ! Je ne connaissais pas sinon le système de POD mais je trouve ça intéressant (même si ça a un coût). Mais pour ma part, je lis en anglais,… Read more »